• Changer d'agriculture : pourquoi, comment ?

     

    La plupart des réformes des politiques agricoles se placent d'avance dans un espace contraint, celui de l'habitude et des conventions – et la Loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt actuellement en cours de débat au Parlement ne fait hélas pas exception. En guise de « changement », il nous est simplement proposé d'aménager des politiques existantes et d'inciter à de timides évolutions techniques qui continuent à s'inscrire dans un « modèle » agricole supposé intangible.

     

    Cette démarche est profondément défaitiste et paresseuse. Elle suppose qu'il n'existe qu'un seul type d'agriculture capable de nourrir l'humanité et de faire vivre les paysans. Pire : elle accepte la destruction de l'environnement, la multiplication des maladies dues aux pesticides, la maltraitance des animaux hors-sol, la faillite des petits paysans, etc., considérées comme des dégâts collatéraux inévitables. Elle consiste finalement à polluer un peu moins pour polluer plus longtemps, à scier un peu moins vite la branche sur laquelle nous sommes (mal) installés.

     

    Je refuse ce fatalisme, je récuse l'idée paresseuse et cynique selon laquelle l'agriculture « conventionnelle » (c'est-à-dire qui fait actuellement convention) serait la seule base de travail envisageable.

     

    Mon livre Changeons d'agriculture – Réussir la transition, qui sort ce 7 mai 2014 en librairie, a pour objectif d'ouvrir le champ des possibles, en répondant à deux questions essentielles : est-il possible de changer d'agriculture, et si oui, comment y parvenir ?

     

    La première question, toujours oubliée des prétendus réformateurs, est en effet de savoir « pourquoi changer ? ». Elle peut même se décliner en deux volets. D'abord, en quoi notre agriculture actuelle est-elle dangereuse, intenable écologiquement et socialement, aberrante sur le plan agronomique. Cette question a fait l'objet de nombreux livres et documentaires ces dernières années : je ne m'y attarde pas. Ensuite, « changer pour quoi ? », c'est-à-dire où aller ? La première partie de Changeons d'agriculture propose une réponse nette, à partir d'un retour rigoureux aux fondamentaux de l'agriculture – ce que j'appelle les structures élémentaires de l'agronomie. Il faut construire une agriculture totalement différente de l'actuelle, une agriculture systémique et non plus réductionniste, une agriculture qui relie les écosystèmes, les agrosystèmes et les humains au lieu de ne considérer que les agrosystèmes. Cette agriculture correspond à ce que des pionniers ont nommé agriculture biologique dans les années 1930-1940 (E. Pfeiffer, Sir A. Howard), ou à ce que Pierre Rabhi ou Olivier De Schutter appellent agroécologie (qu'il faudrait au minimum renommer agroécologie paysanne pour ne pas la confondre avec l'ensemble de techniques désigné actuellement abusivement sous le même terme).

     

    Cette étape est essentielle. Faute de l'avoir considérée, toutes les politiques publiques de ces dernières années se contentent de toiletter à la marge un « modèle » mortifère et absurde.

     

    Il est ensuite possible de se poser, de façon très pragmatique, la question suivante : « comment changer ? ». Or, ce changement n'a rien d'une utopie. La preuve : des milliers de paysans en France, et des millions à travers le monde, l'ont mis en œuvre et réussi ! La transition vers l'agriculture biologique est une réalité concrète, précise, nuancée, dynamique. C'est sur cette réalité, ou plutôt ces réalités multiples, que je m'appuie pour ébaucher dans la deuxième partie du livre les étapes et dispositions nécessaires pour une transition progressive, pragmatique et réussie. Bien entendu, plus la transition concernera un grand nombre de fermes, plus elle sera complexe et supposera de revoir en profondeur les dispositifs publics et le cadre fiscal.

     

    La troisième partie de l'ouvrage s'adresse plus spécialement aux citoyens non-agriculteurs. En effet, chacun peut agir, qu'il soit citadin ou rural, qu'il dispose ou non d'un jardin, qu'il dispose ou non d'une épargne qu'il peut placer sur des projets d'économie solidaire, qu'il consomme bio ou non.

     

    Ce livre se veut donc très opérationnel. Il donne les clefs de compréhension (accessibles à tout citoyen, même sans connaissances agricoles), il décrit les étapes que doivent planifier les décideurs politiques, il offre des moyens d'action immédiate pour tout lecteur.

     

    J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire et le partager que j'en ai pris à l'écrire.

     

    La présentation du livre sur le site d'Actes Sud

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